Ouvrez les yeux et succombez à la prose d'Harmony Korine

Publié le par Planck

On se suffit bien trop souvent d'une approche globale du monde de la poésie.

Posséder une pseudo culture des classiques tout en citant les grands noms qui ont marqué son histoire ne fait que vous enraciner dans une époque qui n'est sûrement pas la vôtre.

Planck vous rappelle qu'aujourd'hui encore il ne tient qu'à vous de poser un oeil attentif sur ce qui se déroule sous vos yeux, que des gens sont là pour faire en sorte que le livre que vous essayez tant de fermer vous échappe des mains. Regard sur Harmony Korine.


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Harmony Korine    

 

HARMONY KORINE LE GRAND POÈTE

 

Outre Atlantique il existe un homme, que dis je, un génie. 

Harmony Korine fait partie de cette génération d'artistes qui voulurent dans l'abandon et l'oubli, trouver le merveilleux. Son approche fut de créer une fiction à la fois représentative pour une génération perdue, et néanmoins fabuleuse.

Fils du documentariste Sol Korine, il tiendra très jeune la caméra Bolex de son père. Ce fut alors l'occasion d'en apprendre les codes de la réalisation, les techniques de tournage qu'il détournera plus tard pour arriver à posséder sa touche cinématographique, si intime et réfléchie.

C'est lors d'une session skate entre potes à New York que tout se joue, et que le jeune Harmony âgé d'à peine 19 ans rencontre celui qui sut repérer le génie créateur. Larry Clark, déjà célèbre photographe de cette génération trash et futur réalisateur l'embauche pour l'écriture de deux scripts.


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Harmony Korine et Larry Clark

Toujours âgé de ses 19 ans Harmony Korine propose alors Kids et Ken park.

Le premier se passe à New York. L'histoire est basée sur le quotidien d'ados démunis face au boom du sida dans la métropole. Le sujet est plutôt bien abordé et met en avant les réactions d'une adolescence innocente mais fatalement meurtrie par la gravité d'une maladie encore sous estimée à l'époque. Le film réalisé en 1995 est une des rares perles cinématographiques qui s'adresse aux jeunes. Kids est à regarder d'urgence sous peine de, passé l'âge, vous être incompréhensible.

Ken Park est réalisé beaucoup plus tard, en 2002.

Le film aborde plus profondément le trouble des moeurs, et les interactions entre des individus qui constitue un microcosme en perdition.

Alors que Larry Clark adoptait une manière beaucoup plus ancrée dans la réalité pour traiter Kids, caméra à l'épaule et lieux populaires, le second opus répond plus à la demande du grand cinéma. La mise en scène tient beaucoup trop des grands films pour être en accord avec le sujet qu'il traite. 

 

LA NAISSANCE DU PRODIGE

 

Les premiers coups d'essais ont une approche trop terre à terre.

Harmony Korine désire plus que tout montrer au monde son interprétation du monde.

Sa perception des choses oscille, s'échappe souvent du réel pour en trouver un autre. Son oeil est une caméra qui traduit les images par des mots.

Les futurs poèmes ne se feront pas tarder. Harmony Korine passe derrière la caméra en 1997.

 

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Harmony Korine sur le tournage de Gummo    

*GUMMO (1997)*

 

Premier long-métrage, première réussite pour ce jeune réalisateur de 24 ans. 

C'est dans une Amérique profonde, délaissée, qu'Harmony Korine plonge l'oeuvre.

Oeuvre crue, certes mais avant toute chose sublimée dans ce caractère, dans cette franchise : des enfants déguisés en Cow-Boys tuent un lapin, lui même travestit en enfant. La non narration du script déroute le non sens de l'image.

Et quand d'autres enfants défoncés à la colle, vont abattre les chats errants pour en vendre la peau afin d'acheter un milk shake, vous êtes forcé de prendre partie dans cette réalité que nous ne connaissons pas.

Troublé ? Vous le serez sûrement par le contraste entre le sujet et sa traduction.

La base est donnée : jouer sur la frontière entre documentaire et fiction pour en faire ressortir le sublime.


 


 

 

*JULIEN DONKEY-BOY (1999)*

 

Comment aborder le second essai d'Harmony Korine ? En un seul terme : Une Bombe.

 

Oubliez toute notion cinématographique que vous aurait fait avaler le "grand cinéma". La perle, labelisée Dogme 95, remettra en question toute définition que vous auriez préposé, toute attente que vous auriez espérer. Elle vous portera bien plus haut, bien plus loin dans son concept, dans son idée. Harmonieuse mais brutale, envoûtante et pourtant si pesante, l'oeuvre de Korine traite des liens familiaux aussi bien qu'extra familiaux de Julien, schizophrène et personnage principal.

Deux ans après Gummo, Harmony Korine signe son chef d'oeuvre. Il capture la folie de Julien pour en faire ressortir une magie à laquelle le spectateur ne peut que se soumettre. La déviance psychique ? Elle n'existe plus. Julien n'est qu'un support pour le réalisateur, un support qu'il use à des buts introspectifs pour le spectateur.

C'est dans ce flou mental que la beauté du film s'opère, que le fonctionnement de cette non narration s'installe pour vous proposer bien plus qu'une simple projection;  

Julien Donkey-Boy est une expérience à vivre au moins une fois dans sa vie.

 


 

 

*MISTER LONELY (2007)*

 

Après Julien Donkey-Boy, Harmony Korine fit une pause cinématographique. Cette pause était principalement constituée d'expérimentations dans l'écriture, dans la prise de drogues dures ou l'apprentissage des claquettes. En 2007, celui qui écrivit le script de Kids remonte derrière la camera et signe son troisième long-métrage.

 

Mister Lonely aborde la recherche identitaire, la quête du soi, la prise de repères.

Métaphore autobiographique des dix dernières années de Korine, ce film figure l'acte de désintoxication du réalisateur. 

L'histoire, elle se base sur une troupe de sosies constituée des plus grandes images de l'histoire. C'est ainsi que l'on peut voir Mickael Jackson, Marilyn Monroe ou bien Abraham Lincoln participer à cette étrange vie communautaire. 

Malgré la perte des codes qui constituaient l'approche d'Harmony Korine dans la réalisation des ses précédents films, la touche et l'originalité de l'histoire gardent l'aspect créatif du grand réalisateur de Gummo.



 

*TRASH HUMPER (2009)*

 

Quand tout le monde se demandait si Harmony Korine avait perdu l'inspiration des premiers long-métrages, la réponse est non. Et si vous pensiez que le célèbre réalisateur avait oublié pour qui et pour quoi il faisait ce métier, la réponse est non.

Harmony Korine est une de ces rares personnes a avoir pu rester intègre dans ses idées face aux démantèlement des réalisateur indépendants par les grands producteurs, haletants des propositions alléchantes mais toujours traitres. 

Quand certaines critiques malfaisantes, tombées dans l'absurdité du politiquement correct, parlent d'esthétique à la Jackass, il faut voir dans Trash Humpers une approche décalée certes, mais réfléchie dans le questionnement qu'il fait du documentaire. De plus Trash Humpers est une réponse à Mister Lonely, une sorte de lettre d'excuse d'Harmony Korine à ses fans de la première heure. 

Ici Korine filme le vagabondage, les péripéties de trois septuagénaires dans un quartier. Il revient à ses principes originaux et épure son concept. L'onde de choc poétique commence à partir du moment ou vous avez mis le film en route.

Impossible à trouver en téléchargement, la distribution est assurée par Warp Video. Pour passer commande et regarder le dernier film d'un des réalisateurs méconnu de par son indépendance de pensée c'est ici :

TRASH HUMPERS

 


 
 

Voir l'oeuvre d'Harmony Korine c'est comprendre ce que peut être la poésie contemporaine. C'est aussi voir le BOOM de l'indépendance cinématographique que défendent certains artistes, une vision décalée qui fait plaisir à observer. Quand la grosse production du cinéma tire encore les ficelles, n'oubliez pas que des personnes sont là pour s'affranchir de toute politique et mettre en avant des projets insolites à première vue, certainement pas absurdes et souvent révolutionnaires.

 

Enjoy

 



 


Publié dans Some Kind of Art

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